Ce projet m'a toutefois donné le sentiment que nous étions vraiment capables et que nous pouvions accomplir bien plus que ce que nous imaginions. Je venais de fêter le sixième anniversaire de ma société, Emergo Designs, et je m'interrogeais sur mes véritables ambitions. C'est alors qu'est née cette idée : un couteau à huîtres en titane, partiellement usiné sur une machine CNC et fini à la main. Développer un tel produit impliquait l'achat d'une fraiseuse CNC très coûteuse et la prise de nombreux risques. Par exemple, je n'étais pas machiniste (personne qui utilise et programme la machine). Mais fort de mon expérience dans la fabrication de masques médicaux, j'ai décidé de me lancer.
C’est à ce moment-là que j’ai pris contact avec Impuls Zeeland, le fonds d’incitation à l’innovation de notre gouvernement local. Leur programme pour stimuler le développement de produits circulaires était formidable. Mon nouveau concept de couteau à huîtres s’y intégrait parfaitement et, après ma présentation, Emergo Designs a obtenu une subvention gouvernementale. Il m’a tout de même fallu y consacrer toutes mes économies pour acheter et faire livrer la machine. J’ai finalement opté pour une Syil X7, qui est arrivée fin 2020.
2021
2021 a été une année étrange pour moi, entièrement consacrée aux tests de mon concept d'ouvre-huîtres en titane. J'ai commencé avec l'aluminium, puis je suis passé au titane. Mais en février, j'ai « bousculé » la machine. Une petite erreur a provoqué une accélération fulgurante et une plongée brutale dans la pièce à usiner. Miraculeusement, la machine a ensuite été réparée, mais j'étais complètement démoralisé. La transition vers le titane a donc été très lente et les échéances se sont enchaînées. Finalement, j'ai trempé une lame et je l'ai envoyée à André Linting d' Oesterkrakers. Écaillère professionnelle, il a testé la résistance du couteau.
Ce couteau en titane, dans lequel j'avais investi toutes mes économies et plus d'un an de développement, s'est cassé après seulement 300 huîtres… Une fois de plus, c'était un coup dur. J'ai alors réalisé une série de tests sur des lames en acier et en titane : trempées, non trempées, avec différentes géométries et différentes compositions. La lame a de nouveau été envoyée chez Oesterkrakers et cette fois, tout s'est bien passé. Il était temps de se préparer au lancement !
C’est au cours de ce cycle de développement d’un an et demi que j’ai rencontré Virginia , alias @lady_Oyster . C’est une personne adorable qui écrit des articles très pertinents sur l’ostréiculture. Elle ne parle pas seulement de la dégustation, mais aussi de l’élevage durable des huîtres et des personnes qui les cultivent. Et lorsqu’elle s’est blessée à la main en ouvrant des huîtres, je lui ai offert le tout premier couteau Hugo.
Envoyer un couteau à l'essai me stresse toujours en tant que fabricant, mais l'envoyer pour un test rend la chose encore plus angoissante. Heureusement, Virginia a adoré le couteau et elle a écrit un article magnifique. Elle décrit avec justesse comment un couteau d'exception sublime un produit aussi précieux qu'une huître. N'hésitez pas à lire son article ici !
La semaine passée a été incroyable : on l'appelait la « semaine de lancement » et elle a été riche en souvenirs. Des moments forts (recevoir la subvention, commander la machine et lire le compte rendu de Virginia) et des moments difficiles (il ne me restait que 63 euros car j'avais tout dépensé pour la machine et un client qui ne payait pas, la machine qui a planté, le premier couteau en titane cassé). Mais j'ai aussi retrouvé des photos d'enfance, notamment une photo de mon père et moi, et compris pourquoi je fabrique des couteaux à huîtres. Cette semaine et ce nouveau produit réunissent mon passé, mon parcours et mes ambitions, et je vais me donner à fond pour en faire un succès.
C’est donc avec grand plaisir que j’annonce que mon couteau à huîtres Hugo, entièrement en titane, est désormais disponible à la commande.